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Des fraises des bois... ou le plaisir des petites choses. Un blog pour partager, avec ceux qui y tomberont, des infos à propos de sujets qui me passionnent : la protection de l'environnement, la nature, les énergies renouvelables, la découverte de soi, la réalisation de produits "maison" : cuisine, beauté, herboristerie et, bien sûr, les fraises des bois!!

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Electricité verte : un créneau bien exploité...

 ELECTRICITE VERTE, UN CRENEAU BIEN EXPLOITE 
 par Christiane Marty, membre du conseil scientifique d’Attac France, mai 
 2007 
 ______________________________ 
   
 Le thème du développement durable était déjà largement utilisé dans les 
 campagnes publicitaires (EDF, GDF, Vivendi, Veolia). Quelques mois avant 
 l'ouverture du marché aux particuliers au 1er juillet 2007, les 
 stratégies commerciales de certains marchands d'électricité se font 
 offensives... et mensongères, et transforment ce thème en argument de 
 vente : on voit fleurir les offres d’« électricité verte » (c’est-à-dire 
 produite à partir de sources renouvelables : éolien, solaire, 
 hydraulique, etc.). Le fait d’acheter de l’électricité verte, vendue 
 plus cher, est présenté comme une action pour « préserver 
 l’environnement » (cf. Direct Énergie ou Électrabel Suez), « contribuer 
 concrètement et simplement à l'essor des énergies renouvelables et 
 faire le choix d’un véritable développement durable » (cf. Énercoop), et 
 même « participer au commerce équitable de l'électricité et à la lutte 
 contre le changement climatique ». Un certain nombre de particuliers 
 sont susceptibles de se laisser séduire par ces offres, qui sont 
 pourtant illusoires, la seule conséquence pour eux serait d’augmenter - 
 inutilement - leur facture d’électricité. La sortie du tarif réglementé 
 de l’électricité étant irréversible, le risque pour les personnes est 
 ensuite de subir l’envolée des prix du marché, comme l’ont vécu de 
 nombreux clients professionnels ou industriels depuis 2000 (augmentation 
 de 76% en moyenne en 5 ans). Il est significatif que beaucoup de ces 
 industriels se regroupent aujourd’hui pour demander à pouvoir revenir à 
 la protection du tarif réglementé. 
   
 L’argument commercial de vente d’électricité verte relève de la 
 manipulation 
   
 La demande d'une personne prête à payer plus cher pour consommer de 
 l'électricité verte, qui pour cela se tourne vers un fournisseur la 
 proposant dans son offre de service, ne contribue en rien au 
 développement de la production de cette électricité. Il s'agit d'une 
 présentation idéologique et tendancieuse qui ne tient pas compte de la 
 manière dont fonctionne concrètement le développement des renouvelables, 
 en Europe et particulièrement en France ! Beaucoup d'acteurs de ce 
 secteur ayant des intérêts convergents, il y a, semble-t-il, un accord 
 tacite pour taire cette tromperie. Elle est pourtant réelle. Il est donc 
 utile de rectifier les idées fausses qui circulent là-dessus et de 
 préciser les mécanismes concrets qui conduisent à la production 
 d'électricité verte. 
   
 1. Acheter de l’électricité verte ne la fait pas pousser 
   
 Tout d'abord, il faut voir que concrètement, le développement de la 
 production d'électricité à base de renouvelable découle des politiques 
 adoptées par les États de l'Union européenne, qui soit en 
 subventionnent la production, soit ont instauré un « tarif de rachat » 
 obligatoire : les opérateurs des systèmes électriques (EDF en France) 
 sont obligés de racheter toute la production d'électricité verte. Tout 
 producteur d'électricité verte se voit donc assuré d'écouler sa 
 production à un tarif de rachat qui dépend du mode de production 
 (éolien, solaire, géothermie, etc.). Ce tarif de rachat lui est garanti 
 pour 15 ans au minimum et il est très attractif : il suffit à lui seul à 
 justifier l’investissement. Par exemple pour l'éolien, il assure au 
 producteur un taux de rentabilité qui tourne autour de 20 % [1] ! La 
 décision d'un producteur d'investir dans un moyen de production 
 d'électricité verte est donc indépendante de l'existence ou non d'une 
 demande en provenance des usagers. 
 Le surcoût pour EDF qui est lié à l’obligation de rachat du kWh vert à un 
 tarif élevé, est répercuté in fine sur la facture d’électricité des 
 usagers, à travers une Contribution au Service Public de l’Energie 
 (CSPE). D’ores et déjà, les particuliers financent donc le kilowattheure 
 vert [2] . On peut signaler en passant que ce n’est pas très égalitaire, 
 puisque les industriels gros-consommateurs d’électricité voient, eux, 
 leur contribution à la CSPE plafonnée. 
   
 Le développement de la production à base d'énergie renouvelable, si 
 insuffisant soit-il pour l'instant, n'a donc rien à voir avec le 
 fonctionnement du marché où c'est la demande qui oriente l'offre. Sans 
 l'existence du tarif de rachat, qui est une décision politique, aucun 
 investisseur ne s'y lancerait, compte tenu des coûts de revient actuels 
 du kWh éolien ou solaire : il n'aurait que peu de chances d'écouler sa 
 production dans un univers régi par la loi du marché. 
   
 L’instauration des tarifs de rachat obligatoire illustre ce que peuvent 
 faire des politiques publiques pour promouvoir l'énergie renouvelable. 
 Peser pour influencer la politique énergétique au niveau d’un 
 gouvernement est, à coup sûr, dans une démocratie le meilleur moyen pour 
 des citoyen-nes de faire entendre leur voix et leur choix. C'est 
 beaucoup plus démocratique - et efficace - qu'un engagement individuel 
 à acheter du kilowattheure vert qui n'est réservé qu'à des citoyens 
 suffisamment aisés et motivés. 
   
 Par ailleurs, on entend parfois dire que c’est la libéralisation du 
 secteur électrique qui a permis l’engagement en faveur des 
 renouvelables. C’est faux. Les deux évolutions ont simplement été 
 simultanées dans le temps. La prise de conscience de la raréfaction des 
 ressources énergétiques s’est faite de plus en plus aiguë au cours des 
 dernières décennies, entraînant un consensus assez large sur la 
 nécessité de s’engager vers les énergies renouvelables et/ou moins 
 polluantes : ce qui s’est traduit par des politiques d’incitation de la 
 part des pouvoirs publics (fiscales, administratives, tarifs de rachat 
 obligatoire) en faveur des renouvelables. En parallèle, l’offensive de 
 libéralisation a progressivement touché tous les secteurs dont celui de 
 l’électricité. De toute façon, rien n’empêchait des producteurs verts de 
 s’installer auparavant, la production d’électricité n’ayant jamais été 
 sous monopole. 
   
 2. Que signifie vendre de l’électricité verte ? 
   
 Certaines sociétés qui proposent le kilowattheure vert dans leur 
 catalogue n’en sont que des commercialisateurs, dits aussi fournisseurs 
 (comme Énercoop), d’autres possèdent également des moyens de production 
 d’électricité (Direct Énergie, Électrabel Suez). Pour comprendre comment 
 fonctionne globalement le système, il faut distinguer la fonction de 
 production et celle de commercialisation et il est plus pratique de 
 prendre l’exemple d’un fournisseur non producteur. 
   
 Le fournisseur achète l'électricité verte à des producteurs adéquats. 
 Ces producteurs qui ont de toute manière la garantie de vendre leur 
 production verte à EDF au tarif de rachat obligatoire n'ont aucune 
 raison de la vendre ailleurs moins cher. Le commercialisateur se voit 
 donc obligé d'acheter le kWh vert en le payant a minima au niveau du 
 tarif de rachat. Ce qui fait qu'il le revend à ses clients en prenant, 
 logiquement, une marge au passage. 
   
 On peut relever en passant l’hypocrisie de l’argument de vente de 
 l’électricité verte qui consiste à parler de démarche de commerce 
 équitable : « la fourniture d'électricité 100 % d'origine 
 renouvelable, respectueuse de l'environnement, s'inscrit dans une 
 démarche de commerce équitable. L'électricité est achetée à des petits 
 producteurs locaux à un prix qui assure une juste rémunération » 
 (Énercoop). C’est assez cocasse quand on sait que le prix en question 
 est le tarif de rachat obligatoire imposé par décision politique. Tarif 
 en effet très intéressant qui assure une marge de profit importante pour 
 le producteur, mais sa fixation ne doit rien à une démarche de commerce 
 équitable ! 
   
 Pour résumer, les producteurs verts qui existent écoulent de toute façon 
 leur production et en tirent des profits confortables. Ce ne sont pas 
 jusqu'ici - à part exception ? - des acteurs motivés par des raisons 
 écologiques et militantes, mais des entreprises qui cherchent à faire 
 des affaires. Pour les futurs producteurs potentiels, l'incitation à 
 investir dans la production à base de renouvelable n’est pas liée à une 
 demande en provenance d’usagers, mais à l’existence du tarif de rachat. 
   
   
 Bilan de cette affaire : un joli coup pour vendre ... du vent 
   
 1 - Malgré leur bonne volonté, les personnes qui pensent inciter à 
 développer la production verte en acceptant de payer plus cher leur kWh 
 n'ont aucune influence en la matière. Elles ne font que payer les 
 services d’un fournisseur, simple intermédiaire supplémentaire dans le 
 circuit, n'apportant aucune plus-value dans le paysage énergétique. 
   
 2- La commercialisation actuelle de kWh vert organise en réalité une 
 répartition totalement virtuelle : une part de l’électricité verte qui 
 est produite est « attribuée » de manière fictive à des consommateurs 
 qui paient plus cher : ceux-ci achètent donc... le droit de dire qu'ils 
 paient pour une électricité verte. Mais pour être complet et objectif, 
 il faudrait qu'ils reconnaissent que de toute manière cette électricité 
 aurait été produite et consommée, même sans eux. Elle est en effet 
 consommée par les usagers dans l'anonymat, sans revendication 
 particulière, et elle est même financée par ces usagers ordinaires, à 
 travers la Contribution au Service Public de l’Énergie qui est inclue 
 dans les factures d’électricité (elle y figure explicitement). 
 En plus de n'avoir aucune influence sur le développement des énergies 
 renouvelables, les consommateurs qui achètent une électricité verte 
 doivent aussi savoir que les électrons qui arriveront chez eux seront 
 les mêmes que ceux qui arrivaient avant qu’ils ne paient plus cher, et 
 les mêmes que ceux qui arrivent chez leur voisin qui, lui, n’aura pas 
 acheté de l’électricité verte ! Les électrons qui circulent dans le 
 réseau centralisé n'ont pas une étiquette sur le dos, un électron vert 
 ne peut être différencié d’un autre (quelle est la pertinence d’un « 
 label vert » pour des électrons ?), et l’électricité qui vient du réseau 
 est toujours le mélange d'électrons provenant du « mix » de production 
 (hydraulique, thermique classique et nucléaire, énergies renouvelables). 
 Ce n'est pas le moindre des paradoxes d'utiliser le réseau centralisé 
 pour fournir de l'électricité réputée verte. 
   
   
 La vraie électricité verte doit transiter le moins possible dans le réseau 
   
 Parler de « l’électricité achetée à des petits producteurs locaux » comme 
 le fait Énercoop n'aurait de justification que si une organisation 
 concrète existait pour relier une production la plus décentralisée 
 possible avec une consommation locale. Une production est en général 
 qualifiée de locale lorsqu’on se place du point de vue du consommateur. 
 L’objectif de limiter le plus possible le transport d'électricité sur 
 le réseau, d'éviter les pertes et les investissements dans les lignes 
 de transport est indissociable de la notion d’électricité verte et de 
 l'intérêt d'une production d'électricité par des filières 
 alternatives -l’utilisation du réseau reste toutefois indispensable 
 compte tenu des caractéristiques aléatoires de l’énergie solaire et 
 éolienne-. Les véritables électrons verts seront ceux produits et 
 consommés dans une zone géographique la plus locale possible. Pour 
 atteindre cet objectif, l'organisation pertinente à mettre en place 
 doit réunir les acteurs concernés au niveau d'une région ou zone : 
 producteurs, consommateurs, réseau de distribution locale, communes ou 
 collectivités territoriales. C’est très différent d’une prestation de 
 fournisseur. 
   
 Le fait qu’Énercoop soit une société coopérative d’intérêt collectif 
 (SCIC) est intéressant ; elle affiche réinvestir ses bénéfices dans des 
 projets de production d'énergie verte. On ne peut qu’être d’accord avec 
 l'objectif de développer de tels projets en les finançant par des 
 coopératives. Mais le fond du problème est qu’il n’y a aucune nécessité 
 de passer par une prestation (mensongère) de vente d'électricité verte 
 aux particuliers pour mettre en place une telle coopérative. Les 
 personnes motivées pour l’électricité verte peuvent apporter leur 
 soutien financier directement à une coopérative réalisant ces projets de 
 production. Nul besoin pour eux de sortir du tarif réglementé de 
 l’électricité et de se trouver soumis à l’envolée prévisible des prix du 
 marché. 
 Les choix des citoyens en matière d’énergie doivent se traduire 
 démocratiquement et collectivement, à travers des politiques publiques. 
 Celles-ci ont une palette d’outils à disposition : incitations au 
 développement de tel mode de production grâce aux tarifs de rachat 
 obligatoire (à ajuster si ceux-ci se révèlent trop hauts ou trop bas), 
 tarif réglementé d’EDF -les tarifs doivent être transparents et 
 démocratiquement contrôlés-, taxation des modes de production polluants, 
 partenariats entre l'entreprise publique et des initiatives de 
 coopératives respectant les principes du service public. 
   
 Notes : 
 [1] Le créneau de l’éolien est extrêmement intéressant en soi et n’a rien 
 à voir avec la demande des usagers. Un rapport au Sénat constate que le 
 haut niveau du tarif de rachat encourage la dissémination de l’éolien y 
 compris sur des territoires non adaptés, moins exposés au vent et peu 
 rentables. La fiscalité locale, à travers la taxe professionnelle 
 accordée aux communes, est également très incitative. Il est vrai que 
 l’installation de parcs éoliens se heurte parfois à des obstacles qui 
 peuvent être le fait des pouvoirs publics, locaux, préfectoraux, mais 
 aussi des populations qui n’en veulent pas. Certains attirent 
 aujourd’hui l’attention sur le risque de phénomènes de saturation et de 
 rejet, liés à un développement de l’éolien qui va être beaucoup plus 
 présent et visible dans le paysage français. 
 [2] Il faut noter que dans l’électricité verte couverte par la CSPE, est 
 aussi inclue la co-génération (production couplée d’électricité et de 
 chaleur). De fait, la plus grosse part de la CSPE sert actuellement à 
 couvrir le tarif de rachat d’électricité aux gros producteurs de 
 co-génération. Or la légitimité d’inclure la co-génération, telle 
 qu’elle est pratiquée, dans l’électricité verte est largement 
 questionnée aujourd’hui, notamment par rapport à des questions de bilan 
 énergétique. 
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