Je viens de terminer la lecture de ce livre : « Du Bonheur Sexuel – Enrichir sa vie sexuelle avec la psychosexologie » de Frédérique Gruyer, éd. Robert Laffont, Paris, 2000. Extrait choisi (de manière tout-à-fait subjective, comme il se doit) :
- L’acte d’amour est un des plus grands bonheurs de la vie. Il est indispensable à notre équilibre global – en tout cas pour la majorité d’entre-nous qui ne sommes pas engagés dans la vie spirituelle -, parce que c’est un des meilleurs moyens d’exprimer nos sentiments. Sur le plan thérapeutique, l’amour sexuel est un des plus puissants « réparateurs » de traumatismes infantiles, infiniment plus nombreux qu’on ne l’imagine.
- C’est parce que le désir sexuel possède une importante charge affective qu’il peut être si réparateur psychologiquement.
- Sur le plan des émotions, Mr L restait un enfant profondément marqué par la solitude et le silence du manque d’amour passé. Il souffrait de blessures affectives profondes. Il avait trop manqué de contacts physiques, de caresses avec ses parents. Une expression populaire dit que les oursons ‘mal léchés’ deviennent aigris avec l’âge ; on ne dit pas que pour ces mêmes raisons, ils peuvent devenir aussi des éjaculateurs précoces. En fait, pour réharmoniser ses émotions et lutter contre le stress, dont on ne dit pas assez qu’il est un facteur de déséquilibre sexuel, Mr L aurait besoin de longues séances de maternages.
- D’un point de vue psychosexologique, les organes génitaux et le psychisme sont les principales zones érogènes chez l’homme et chez la femme.
- Il est un aspect (de l’aventure érotique du corps féminin) que l’on mentionne rarement, c’est la part sensuelle et parfois sexuelle de l’accouchement. Tout cela est en partie occulté aujourd’hui par les anesthésies péridurales. (…) Accoucher est rarement une partie de plaisir mais cela arrive pourtant dans quelques cas. (…) Plusieurs femmes considèrent l’accouchement comme une partie de l’expérience sexuelle.
- L’acte d’amour : le plaisir qu’on y prend dépend du désir qu’on en a. Et ce désir est lui-même lié aux sentiments qu’on éprouve.
- (…) perdre la tête, ce qui arrive tout de même beaucoup plus facilement dans une véritable relation amoureuse.
Une des expériences orgasmiques les plus puissantes est probablement celle de s’arrêter de penser, d’accéder au vide. « Vous connaissez une autre occasion de perdre la tête sans devenir folle ? » dit une femme. (…) « La jouissance vous donne la sensation la plus forte d’exister. C’est une totale présence à l’instant… Il n’y a que l’accouchement qui donne aussi fortement cette impression. » « C’est une sensation de ravissement, d’être ravie à soi-même par l’intensité du plaisir, dépossédée de soi. Il est tellement encombrant, cet être pensant ! »
- L’acte d’amour à son apogée est une expérience très forte d’unicité qui vient de l’ouverture à l’autre et de l’absorption dans le présent, dans l’instant : « Le bonheur sexuel c’est un abandon total, un don. Il n’y a plus de barrières ni de tabous. C’est une liberté énorme… Je ne me regarde pas faire l’amour, je ne regarde pas l’autre faire l’amour, je suis à l’intérieur. » dit une femme interviewée. Cette ouverture complète se conjugue avec une puissante sensation d’intériorité.
- L’acte d’amour est autant fait pour partager du plaisir que pour exprimer des sentiments.
- L’extase est l’état dans lequel une personne se trouve comme transportée hors de soi et du monde sensible. C’est à peu près la description que font les femmes de leur jouissance lors de relations à fort contenu émotionnel. « Se déconnecter du mental est probablement le passage obligé pour atteindre cet état d’extase. Je n’avais pas l’impression d’être inconsciente. Au contraire, j’ai été en contact avec ‘quelque chose d’important’ qui va encore affiner ma démarche et rendre plus subtil l’ensemble de ma vie. » m’écrit une lectrice. Dans une relation de couple harmonieuse, l’amour sexuel peut être une expérience physique qui touche à la spiritualité. Ce n’est pas un hasard si ces termes (extase, communion, …) appartiennent à la fois au registre des expériences sexuelles les plus heureuses et au vocabulaire mystique. Ces deux domaines, culturellement opposés, en Occident du moins, ont pour point commun l’ampleur de l’élan amoureux et la puissante expérience du vide intérieur. L’extase amoureuse est, en effet, le seul événement qui permette, de façon involontaire, de faire le vide à l’intérieur de soi, de parvenir à un arrêt de la pensée. « On ne pense pas réellement quand on fait l’amour… C’est au-delà des mots, au-delà de la pensée… Ça tend vers la vacuité. L’acte sexuel n’est pas seulement l’expression du corps. Ça se passe au-delà de ça… C’est de l’ordre de l’esprit… On est hors du temps… On n’est plus seul avec soi-même. On est un en continuant d’être deux. L’osmose, c’est ça… » écrit une jeune femme. La jouissance à ce niveau, qui est souvent celui des relations passionnelles, est une expérience existentielle dont le sens est parfois initiatique. (…)
- « Il me semble que rien de technique n’intervient, seulement une émotion intense au point de me submerger. Tout est dans un plaisir presque désincarné. Dans l’oubli à soi-même, une communion où les limites des corps, des identités deviennent floues, pour ne pas dire qu’elles disparaissent. C’est un sentiment d’ouverture totale. Au fond, je me demande si ça a un rapport précis avec l’orgasme qui, dans sa définition courante, me fait penser à une fermeture, idée d’un pic, d’une concentration d’énergie et non de cette dissolution extrême que je ressens, que je recherche. Parce que y avoir goûté affadit toutes les autres expériences. (…) Je crois que la seule manière de rencontrer ce phénomène est l’abandon, l’engagement sans limites. Sans parler du caractère spirituel de ce type d’acte, quasi mystique, dépassement de soi, éclatement des limites, plongée dans néant. » (…) « C’est comme si vous étiez au ciel, sans notion de temps, ni de lieu. Vous êtes à des années-lumière de la terre ou sur une plage de sable fin, déserte, tout étourdie. (…) C’était la première fois aussi que je donnais tant de plaisir à un partenaire. (…) Pas un de ceux qui ne sont intéressés que par leur propre jouissance et ne pensent qu’à réaliser des prouesses pour prouver leur virilité. »
- Les Chinois ont toujours considéré la sexualité comme une des meilleurs « médecines » qui soient pour éviter les maladies. L’amour sexuel est, en effet, un moyen essentiel de réparation des blessures affectives et donc un facteur d’équilibre pour le corps et l’esprit. (…) Une femme m’écrit : « J’ai la chance d’être une de ces femmes-fontaines. » La chance n’est pas seulement du côté du plaisir qu’elle peut prendre dans sa vie sexuelle mais aussi dans la création d’un lien étroit entre inconscient et sexualité qui permet de ‘liquider’ physiquement les chocs de l’existence. Le plaisir sexuel répété ayant, de mon point de vue, un pouvoir d’usure des traumatismes.
Cet aspect de liquidation, à la fois sexuelle et psychologique, des traumatismes explique que les inondations ne correspondent pas toujours à des moments de plaisir intense, mais parfois à des angoisses importantes. « Dans les moments de tranquillité, ce sont les larmes qui expriment la face douce de la même sensation de fusion. » « Les pluies d’amour, c’est une autre façon de pleurer. » Duneton commente : « Au fond, les actuelles femmes-fontaines sont les résidus – soit dit sans offense aucune – d’une humanité au comportement affectif beaucoup plus extériorisé, et sans doute un peu plus fruste, qui fut l’ordinaire au long des siècles passés. Cet ‘assèchement’, comme celui des autres excrétions va de pair avec la rétention des pleurs, des sueurs froides, des peurs paniques comme des joies explosives, et criardes, arrosées de chaudes larmes. Cela va de concert avec les cimetières muets, les retrouvailles aux émotions invisibles, avec le silence banal de nos passions sans cris, sans folie. Les amours sans peurs, sans reproches, sans rien, deviennent ces associations froides et lucides, ô combien ! de ‘sexual partners’, qui sont le tout-venant des amours nouvelles, et un peu jaune de teint. »
Toutes les femmes peuvent-elles connaître ce genre d’expérience ? A priori oui, mais à la condition d’être capable de s’extérioriser sexuellement, d’être proches de leur corps, et douées de ce que j’ai appelé une certaine ‘émotivité sexuelle’, à condition aussi de rencontrer un homme qui suscite chez elles un désir véritable.
- Les enfants n’ont pas de sexualité, sauf quand ils ont été confrontés trop tôt à celle des adultes ou d’enfants pubères, quand eux ne l’étaient pas. Un enfant qui grandit de façon satisfaisante manifeste sa sensualité et non sa sexualité infantile. Dans des conditions normales, la sexualité d’un enfant se développe et s’enrichit naturellement à partir de la puberté.
- C’est cela la véritable inégalité entre les êtres, dans les pays dits développés, le manque affectif, ce vertige de l’abandon.
- Quantité de frigidités sont déclenchées par le simple fait d’entendre des adultes avoir des relations sexuelles, mais pas n’importe quels adultes : les parents ou les grands-parents, c’est-à-dire ceux qui sont censés protéger l’enfant. Ils ne tiennent plus compte de sa présence (négation de l’existence de l’enfant) car ils sont entrés dans un registre passionnel où prime la violence.
(ou même rien que leurs récits, surtout adultère : devient dépositaire d’un secret d’adulte vis-à-vis de son autre parent)
- Kâma-Dhenu : déesse du désir et de la vérité, elle bénit l’union de ses enfants, la sexualité de ses enfants, … l’acte d’amour d’où vient la Vie, y’a-t-il quelque chose de plus sacré ?
- Trouble sexuel : « Si votre corps ne vous appartient plus, c’est qu’il est encore à quelqu’un d’autre. Cherchons ! »
- La notion généralisée de péché forme la base de ce que d’autres cultures, orientales essentiellement, peuvent considérer comme la tragédie occidentale. La tragédie, c’est ce rapport coupable à l’amour physique, cette attitude ingrate pour les dons de la vie et cette relation morbide et tremblante à la mort. La tragédie occidentale, c’est sa vision dépressive du monde.
- Ce que je considère comme la principale différence entre les hommes et les femmes est la violence, en particulier la violence sexuelle. Habituellement, on rend les hormones mâles (androgènes) responsables des pulsions violentes. Mais tous les hommes sont sous l’emprise des mêmes hormones et cela ne les transforme pas massivement en violents, si ce n’est en violeurs. D’autres conditions doivent être réunies. [Ex-Yougoslavie : Si le sexe de la femme était un champ de bataille, celui de l’homme était devenu une arme, une arme au service de la guerre.] Dans des conditions extrêmes, le sexe de l’homme peut devenir une arme qui donne la mort tandis que celui de la femme donne la vie. Par conditions extrêmes, j’entends : la guerre, accompagnée de cette folie raciste appelée « purification ethnique ». C’est aussi la folie tout court.
- L’origine de ces violences est à la fois traumatique et culturelle. Elles sont issues d’autres violences plus anciennes qui se répètent à l’infini quand personne n’intervient pour y mettre un terme, elles sont également liées à l’image agressive et bornée de la virilité que notre société valorise. Nous n’avons pas fini de la combattre.
- Du point de vue taoïste, il n’existe plus de frontière entre les caresse et la pénétration ; entre sensualité et sexualité. La pénétration n’est qu’une autre forme de caresse, par moments très puissante mais sans jamais devenir violente… possession tendre.