Page 43 :
"Que nous apprend une comparaison des milieux culturels?
(...) que toutes les sociétés humaines marquent de leur empreinte les comportements humains au moment de la naissance d'un bébé. Il serait plus exact de dire que, d'une façon ou d'une autre,
toutes les cultures perturbent les processus physiologiques dans la période qui entoure la naissance. Il convient en même temps de souligner que toutes les cultures n'ont pas besoin e développer
au même degré et dans la même direction le potentiel humain d'agressivité."
Il cite des études :
- 62% des sociétés nient le besoin mammalien de ne pas se sentir observé en accouchant : on est assistée par des compagnes qui essaient d'influences activement le déroulement du travail.
- la plupart des cultures interfèrent avec le premier contact mère-bébé : par transmission de la croyance selon laquelle le colostrum est mauvais - voire même de le considérer comme une substance
qu'il faut exprimer et jeter.
"Rappelons que, selon les sciences biologiques modernes, le colostrum disponible dès la naissance est précieux. Rappelons aussi que le nouveau-né est capable de chercher et de
trouver le mamelon dans l'heure qui suit la naissance. Le premier contact mère-bébé peut être perturbé par des rituels : section immédiate du cordon, frictions, bains froids, langeage serré,
bandage des pieds, enfumage du bébé, percement des oreilles des petites filles et ouvertures des portes en pays polaires ne représentent que quelques exemples de tels rituels. Dans la Bretagne
traditionnelle, on pensait que si le bébé trouvait le sein avant le baptême (dans les 2-3 jours), le diable pénétrait le corps du bébé en même temps que le lait."
Page 44 :
"(...) une vue d'ensemble des données dont nous disposons aboutit à une conclusion très simple : plus grand est le besoin de développer les capacités d'agressivité dans une société donnée et
plus agressifs sont les rituels et les croyances dans la période qui entoure la naissance."
Il donne l'exemple, extrême, des Spartiates de la Grèce antique : c'était des guerriers avant tout. A la naissance, chaque garçon était jeté au sol et sa survie permettait d'anticiper qu'il
deviendrait un bon guerrier.
"Si les perturbations du premier contact mère-bébé au moyen de croyances et de rituels sont quasi universelles, c'est qu'elles sont avantageuses en ce qui concerne la survie des groupes
humains et l'évolution de l'espèce. Pour interpréter ces attitudes paradoxales et intrigantes, nous ne devons pas perdre de vue que la quasi totalité des populations étudiées connaît
l'agriculture. Cela signifie que les groupes humaines étudiés partagent les mêmes principes stratégiques de survie, à savoir la domination de la nature et aussi la domination des autres groupes
humains. Pour de telles sociétés, il est avantageux de modérer et de contrôler les différents aspects de la capacité d'aimer, y compris la capacité d'aimer la nature et de respecter la
Terre-mère.
Notre interprétation est confirmée par des données concernant un très petit nombre de population pré-agricoles, qui ont pu être étudiées avant leur disparition, et qui avaient des stratégies de
survie différentes. Leur stratégie de survie était de vivre en parfaite harmonie avec l'écosystème; dans de telles sociétés, cela était un avantage de développer cette forme d'amour qu'est le
respect pour la Terre-mère. La priorité n'était de développer le potentiel humain d'agressivité."
Page 46 :
Il donne l'exemple des Efe Pygmées du Zaïre "qui avaient un instinct écologique bien enraciné et en particulier un profond respect pour les arbres." Il semble qu'ils n'avaient pas de
croyances et de rituels susceptibles de perturber l'accouchement et le premier contact mère-bébé. Il parle aussi des Kung San, peuple africain de chasseurs-cueilleurs, où la naissance était
solitaire et sans assistance, qui avait été étudié par Melvin Konner : "quand une femme ressent les symptômes initiaux de l'accouchement, elle ne fait aucun commentaire; elle quitte
le village calmement quand la naissance semble imminente, marche pendant quelques centaines de mètres, trouve une place à l'ombre, y met un peu d'ordre, aménage un lit de feuilles bien doux et
donne naissance accroupie ou allongée sur le côté - sans l'aide de personne."
"De toute évidence, les processus physiologiques étaient perturbés les moins possible dans les groupes humains où les bases de la stratégie de survie n'étaient pas de dominer la nature.
(...)
Cette approche introduit la notion d'amour de la nature et suggère que la relation avec la mère et la relation avec la Terre-mère sont deux aspects du même phénomène."
Page 47 :
"Les groupes ethniques qui ont réussi - c'est-à-dire qui n'ont pas disparu - sont ceux qui ont trouvé les moyens de réduire et de contrôler les différents aspects de la capacité d'aimer,
c'est-à-dire aussi d'aimer la nature (...).
(...)
L'approche ethnologique nous aide à réaliser que seules les sociétés qui ont réussi à développer la capacité à dominer la nature et à dominer les autres groupes humains ont pu atteindre la fin du
vingtième siècle. Tous les autres modèles culturels ont disparu. Or, nous sommes à l'époque où émerge le besoin de développer le respect pour la Terre-mère et les autres facettes de la capacité
d'aimer. L'humanité est à un tournant : toutes les croyances bien enracinées et tous les rituels de la période périnatale sont en train de perdre leur raison d'être.
A l'ère de la prise de conscience écologique et de la "scientifisaction de l'amour", l'humanité peut et doit se tourner vers de nouvelles stratégies de survie."
Par Gayanée
-
Publié dans : Péri-natalité
0
-
Recommander
Vos éclairages