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« Nanotechnologies » est un terme générique qui décrit des applications basées sur les principes et propriétés existant à l’échelle nanométrique, c’est-à-dire au niveau des atomes et des molécules. Nano, qui vient de « nain » en grec, signifie un milliardième en sciences. 1 nanomètre = un milliardième de mètre soit 1:1 000 000 000 mètre. C’est la taille d’une petite molécule ; un cheveu est 50 000 fois plus gros. Plus d’informations dans l’article Nanotechnologies et nanoparticules pour les nuls.
Le principal secteur concerné par les produits de consommation nanotechnologiques est celui de la santé et des sports, suivit de l’électronique et de l’informatique, les autres applications se concentrant sur les revêtements de surface et l’alimentation. Les nanoparticules utilisées dans ces applications sont des nanoparticules de dioxyde de titane (dans les crèmes solaires, cosmétiques et certains produits alimentaires) ; des nanoparticules de fer (packaging alimentaire) ; des nanoparticules d’oxyde de zinc (crèmes solaires et les cosmétiques, dans les enduits extérieurs, peintures, et dans les vernis d’ameublement) ; et des nanoparticules d’oxyde de cérium (qui intervient comme un catalyseur de carburant).
Les données précises et exhaustives manquent encore pour évaluer précisément le risque encouru lors du contact avec les nanomatériaux. Néanmoins, de plus en plus de scientifiques se penchent sur ce sujet et travaillent à confirmer et compléter les premières données qui les ont alarmés. De façon générale, les nanomatériaux peuvent pénétrer les barrières biologiques naturelles et certains d’entre eux sont associés à des perturbations biologiques : phénomènes d’inflammation, stress oxydatif, mutations et altérations de l’ADN, etc. Plus les particules de nanomatériaux sont petites, plus leur activité est importante et plus le risque toxique serait fort. L’exposition aux nanomatériaux peut se faire par plusieurs voies :
via l’environnement général
en raison des phénomènes de relargage. On ne sait par ailleurs pratiquement rien sur leur biodégradabilité,
ni sur les risques de bioaccumulation et de transfert dans les écosystèmes et les chaines alimentaires ;
via l’inhalation :
lorsque les nanoparticules sont inhalées, elles peuvent pénétrer dans les parties les plus profondes des poumons et de là, pénétrer dans la circulation sanguine [1] ;
via l’alimentation :
dans ce domaine, les nanos permettraient de modifier la couleur, l’odeur, le goût, la fluidité, la texture et la pénération des aliments. Les nanoprocédés ou nanomatériaux peuvent aussi être
incorporés aux emballages pour agir sur la conservation, la traçabilité, le recyclage des aliments. Les nanotechnologies peuvent en outre permettre une protection d’ingrédients fragiles comme
les vitamines, et les enzymes par intégration dans des liposomes. Les principaux nanocomposés connus pour entrer dans la composition des aliments ou de leurs emballages sont le dioxyde de
titane ou de silice, le pentoxyde d’antimoine, des particules d’argent, de magnésium, de zinc, des nanotubes de carbone ;
via la barrière épidermique
et notamment en cas de lésion de la peau. Ces ingrédients sont entrés dans la composition des cosmétiques sans avoir fait réellement l’objet d’évaluation de sécurité pertinente et sans tests
épidémiologiques adaptés. Or, les conclusions des expérimentations se sont révélées alarmantes. Ainsi, une étude récente indique que les nanoparticules d’oxyde de zinc, utilisées dans les
crèmes solaires, ont le potentiel de causer des dommages à l’ADN des cellules de peau humaines et d’induire des stress oxydatifs dans ces cellules. Ces stress oxydatifs entrainent la production
de radicaux libres, impliqués dans les cancers de la peau [2].
Les nanoparticules n’ont pas que des effets sur notre santé, ils affectent également notre environnement. La forte réactivité des nanoparticules est ainsi susceptible d’affecter la photosynthèse et la respiration chez les plantes. De nombreux points restent par ailleurs en suspens : concentrations auxquelles les nanoparticules sont problématiques pour les écosystèmes terrestres, aquatiques et atmosphériques ? Comment les nanoparticules pénètrent-elles dans les cellules ? Quelles propriétés des nanoparticules causent des effets toxiques [3] ?
Deux projets de réglementation viennent d’être adoptés en première lecture au parlement européen et vont quelque peu améliorer la situation (du moins on l’espère) :
le nouveau règlement sur
les cosmétiques, qui remplacera la Directive « cosmétique » d’ici 2013, imposera des obligations d’étiquetage et d’évaluation des nanos-ingrédients. Néanmoins, le champ d’application
de ce règlement se limite aux nanomatériaux fabriqués intentionnellement, non-solubles ou bio-persistants. De plus, il ne concerne que les produits mis sur le marché à l’entrée en vigueur
effective de la nouvelle réglementation, ce qui exclu les centaines de produits cosmétiques qui existent aujourd’hui !
la Directive
« nouveaux aliments » : elle s’applique aux aliments comportant des nanomatériaux fabriqués qui ne pourront être mis sur le marché sans test prouvant leur innocuité. Quand aux
nanomatériaux présents dans les emballages, ils devront faire l’objet d’une liste de nanomatériaux approuvés et être accompagnés d’une limite de migration dans ou sur les produits alimentaires
contenus dans les emballages.
Les nanotechnologies représentent des solutions intéressantes dans certains domaines : ainsi dans le secteur du traitement des eaux et du traitement des déchets. Malheureusement, de nombreuses techniques sont développées sans préoccupations pour notre santé, pour l’environnement ou la sécurité. Par ailleurs, malgré les nombreuses promesses des partisans des nanotechnologies de parvenir à résoudre les problèmes environnementaux urgents et d’atteindre des modes de production plus durables, peu de solutions concrètes sont apparues pour l’instant. Le Bureau Européen de l’Environnement a publié au début du mois de février 2009 la position des ONG d’environnement sur les nanotechnologies et les nanomatériaux. Les principales revendications des ONG d’environnement reprises dans ce document sont les suivantes :
Développer un
enregistrement et un schéma d’approbation des nanomatériaux avant leur mise sur le marché ;
Entreprendre une
consultation publique sur l’innovation technologique, y compris les nanotechnologies et les nanomatériaux ;
Mettre en place une
législation adéquate et un cadre règlementaire, ce avant qu’une pénétration du marché plus avancée n’ait lieu ;
Donner la priorité au
financement de la recherche sur les impacts potentiels des nanomatériaux sur le fonctionnement des systèmes naturels et humains.
Le principe de précaution, essentiel pour une gestion responsable des nanomatériaux, est bien sûr l’élément fondamental de cette position.
Valérie Xhonneux[1] Mühlfeld C., Gehr P., Rothen-Rutishauser B. (2008). Translocation and cellular entering mechanisms of nanoparticules in the respiratory tract. Swiss Medical Weekly. 138 (27-28) : 387-391.
[2] Sharma V., Shukla R.K., Saxena N. et al. (2009). DNA damaging potential of zinc oxide nanoparticules in human epidermal cells. Toxicology Letters. Doi : 10,1016/j.toxlet.2009,01,008
[3] Navzrro E., Baun A., Behra R. et al. (2008). Environmental behaviour and ecotoxicity of engineered nanoparticules to algae, plants and fungi. Ecotoxicology. 17 : 372-386
Vos éclairages