Mardi 30 juin 2009
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Je ne sais pas si certaines d'entre-vous la connaisse? Andrée Ruffo est l'auteure de plusieurs livres, dont elle tire la substance dans son quotidien de juge pour enfants, après avoir été avocate pour enfants (Québec). J'ai lu
qu'elle avait du démissionner... Mais je sais aussi qu'il y a plusieurs années, elle avait été blâmée pour avoir recueilli chez elle une
adolescente en danger dans sa propre famille... elle n'avait pas fait les choses selon le gouvernement... et pourtant... Bref, ces "manquements déontologiques" ont fait que sa destitution a été demandée. Sans doute dérangeait-elle trop.
J'ai trouvé deux de ses ouvrages (d'occasion) et je les déguste, ce sont de vrais petits bijoux! J'ai parfois les larmes qui me montent aux yeux, lorsqu'elle détaille le parcours de tel ou tel
jeune (la violence vécue, la drogue, la prostitution... à des âges où je ne savais même pas que ça existait!), mais les mots sont justes et on ressent l'Amour qu'elle porte à ces jeunes qui sont
passés devant elle.
J'ai envie de vous partager trois passages issus de son livre "Les Enfants de L'Indifférence - il suffit pourtant d'un regard" - Andrée Ruffo (1993, les Editions de l'Homme, préface
d'Alice Miller) :
"La famille peut être un lieu où nous produisons des enfants conformes à notre image, fidèles à nos idées, dociles
à nos attentes, mais elle peut également devenir un lieu où l'enfant est perçu comme une personne, avec sa propre identité et dont elle doit favoriser l'éclosion.
En fait, notre conception de la famille et de l'éducation peut nous porter à violenter l'enfant pour le rendre conforme à ce que nous sommes et à ce que nous attendons de lui ou nous motiver à le
soutenir dans le choix de sa route pour l'aider à grandir et à devenir un adulte en paix avec lui-même et avec les autres." (p 45)
"Notre système scolaire est en général basé sur la notion d'excellence. Un bon élève obtient des notes élevées aux examens du ministère; c'est un étudiant discipliné, studieux qui adhère à
l'idéal de la performance. Ses succès scolaires sont à l'image de son ambition et ses possibilités de réussite sociale.
L'essence de cette norme d'excellence prévoit d'emblée que tous les enfants ne peuvent pas y accéder. La course à l'excellence présuppose donc que peu d'étudiants y parviendront, que la majorité
d'entre eux seront dans la moyenne et que les autres seront derrière, destinés à la médiocrité. Vouloir déceler et miser sur les élèves prometteurs implique du mpeme coup identifier les
non-prometteurs, les non-excellents, les non-performants!
L'excellence ainsi définie encourage la compétition. Notre regard d'adulte s'illumine en devinant le potentiel d'un enfant. A l'opposé, l'enfant vu comme médiocre nous assombrit, alors nous le
ramenons à un rang inférieur. Le système scolaire attend moins de lui, lui propose moins, lui demande moins. Déjà, l'élève a été jugé avant même d'être écouté. A ce propos, Albert Jacquard disait
:
Les enseignants qui empêchent un élève d'accéder à l'enseignement le plus riche, le plus respectueux de sa capacité à se forger peu à peu liu-même son intelligence, sont semblables à des
juges qui condamneraient un accusé en refusant d'écouter sa défense.
La mécanique de cette sélection se concrétise par le processus des examens. Les notes de passage s'élèvent telles des épées de Damoclès. Les examens offrent l'occasion de départager les bons des
autres. Albert Jacquard compare ainsi cette logique du système éducatif à celle d'un tribunal qui trace la ligne entre les enfants qui réussissent et ceux qui échouent :
Le système éducatif lui-même se transforme progressivement en système judiciaire. Il faut un lève méritant pour être autorisé à poursuivre ses études. Les conseils de classe qui décident les
orientations se transforment en tribunaux qui condamnent, éliminent, filtrent avec le plus de sévérité possible. La gloire des lycèes est d'avoir un pourcentage élevé de reçus au bac; la recette
pour y parvenir est simple : ne laisser parvenir en classes terminales que les élèves dont les performances sont les meilleures et orienter le reste vers d'autres activités. Les responsables des
établissements scolaires se transforment ainsi en magistrats satisfaits d'avoir beaucoup condamné.
Un programme au contenu standardisé, des objectifs identiques, des examens normalisés, constituent donc le chemin que doivent suivre tous les écoliers. Au terme de ce processus de sélection, le
couperet tombe et l'octroi d'un diplôme tranche définitivement entre les bons et les autres. L'école devient une cour de triage, aiguillonnant trop souvent les diplômés vers la conformité de
l'intégration sociale et décrocheurs vers des voies d'évitement, vers la marginalité.
Ainsi l'éducation de l'enfant vise essentiellement l'obtention d'un diplôme; à ceux qui réussissent, cette étape de passage ouvre - mais pas toujours - les portes de la réussite sociale; aux
autres, elle ne fait que confirmer leur soi-disant médiocrité. Et en bout de piste, près de la moitié de nos jeunes ne passera pas le fil de l'arrivée. Qui est responsable de cette situation?
N'est-il par urgent de se poser de sérieuses questions sur notre responsabilité individuelle et collective afin de trouver des pistes de solution?" (p 50-51)
"Dans un tel système, la personne disparaît. Nous devenons des clients, des numéros, des cas, des membres, bref un ensemble de pièces détachables, dont le tout est ignoré par les spécialistes.
Cette fragmentation de la personne, cette perte de vision de l'humain est trop souvent manifeste en éducation, où l'enfant est réduit à sa performance scolaire, à la dimension d'une étiquette de
dipômé ou de non-diplômé. De même, en rééducation, l'enfant est éclipsé derrière un symptôme identifié. Cette vision réductionniste de l'humain se retrouve dans plusieurs secteurs du monde du
travail. En médecine, par exemple, le patient est trop souvent traité comme un numéro. Il devient un organe, un cas, plutôt qu'une personne qui veut recouvrer la santé." (p 92)
Tout ça me parle beaucoup!
Par Gayanée
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Publié dans : L'a-politique
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